Bonjour à tous,
Je reprends un peu mes aventures en Mongolie, après un hiver passé à hiberner… sur ce blog au moins.
On peut dire ce que l’on veut, mais, même en Mongolie, on peut facilement tomber dans une certaine routine. Ce n’est pas forcément celle de Paris, c’est celle de UB.
Mais ne vous inquiétez pas, deux sujets intéressant devraient arriver d’ici peu. Le premier, sur Tsagaan Sar (la lune blanche), le nouvel an mongol. Le second, sur un superbe voyage que nous avons fait au lac Khövsgöl (je vous laisse ainsi le temps de chercher où il se trouve).
En attendant, et maintenant que je vous ai bien mis en appétit, je vais vous parler encore une fois de l’hiver. Il n’est pas encore terminé, mais on sent bien que le plus difficile est passé… quoique.
En effet, les Mongols ont horreur du printemps car c’est une période de grand vent. Il peut aussi y avoir des différentiels de températures impressionnants sur une même journée. La pire saison quoi ! J’ai survécu à l’hiver, ce serait trop bête de ne pas voir un nouvel été, alors qu’il approche à grand pas.
Alors l’hiver, tout d’abord, pour un gars du nord comme moi, c’est du soleil. On est loin du temps gris lillois, qui reste au dessus de la tête pendant six mois de l’année. Non, ici, c’est grand bleu tous les jours ou presque. Un vrai bonheur.
Enfin, quand je dis grand bleu, ça doit-être partout en Mongolie, sauf à Oulan-Bator. En effet, on aperçoit souvent le soleil derrière un épais nuage de fumée. La pollution est assez
impressionnante. La première fois qu’il a fait vraiment froid, et par conséquent que les chauffages tournaient à plein régime, j’ai presque eu du mal à respirer. Maintenant, je ne la sens presque
plus.
C’est, je pense la chose la plus gênante dans l’hiver à Oulan-Bator. Plus que le froid, la pollution dessèche, prend à la gorge, et doit permettre un petit nettoyage des poumons au charbon mongol. Oui, ici c’est le charbon, le pays est une grande mine de charbon (mais aussi d’or, de cuivre et d’uranium, mais j’y reviendrais peut-être à l’avenir), donc tout fonctionne au charbon. Certains font aussi cramer du pneu pour se réchauffer, mais ça ne reste pas la majorité.
La pollution vient autant des grosses usines que de l’accumulation des gers (yourte en mongol pour ceux qui ne suivent pas) qui s’ajoutent à la circulation des voitures.
Mais comme je vous le disais, le corps s’habitue, même s’il n’est pas impensable que cette acclimatation à la bonne bouffée de pollution ait un coût sur le long terme.
Donc, pour fuir cette pollution, et voir d’un peu plus prêt le soleil, j’ai deux possibilités : le travail ou les week-ends. Et bien j’ai du travailler un week-end à la campagne, et là, une belle récompense a été à la clé.
Comme je suis sympa, et que je partage, j’ai emmené des amies se balader pendant que je travaillais. Pourquoi ça a son importance ? Mais pour les preuves pardi, les photos !
Nous avons été témoins d’un phénomène météorologique assez rare. Il y avait le soleil, et deux de ses répliques alignés. Oui, vous me lisez bien, il y avait trois soleils dans le ciel, et un œil
averti pouvait même en voir cinq. Il était aussi entouré d’un halo ce qui donnait l’impression d’une cible.
Il y avait aussi un arc circumzénithal, qui s’avère être un arc en ciel qui ne touche pas par terre, mais reste perché au zénith.
On pourrait me répliquer que j’avais trop bu la veille, mais plutôt que de nier, j’ai des preuves photographiques indéniables, grâce à mes deux touristes.
J’essayerai de les mettre sur le site assez rapidement, car le phénomène vaut vraiment le coup.
Plus tard dans la journée, c’est trois raies verticales de lumière qui barraient le ciel, vraiment impressionnant. C’était une belle récompense pour travailler un samedi…
Outre le travail, je vais ces derniers temps régulièrement skier. Oui, il y a une station qui vient d’ouvrir à 30 minutes du centre. C’est quand même génial de se dire :
« On fait quoi demain ? »
« Je ne sais pas, rien de prévu. »
« On va au ski ? »
« Vendu »
Pour 12€, quatre heures de ski ou snowboard, et une après-midi au grand air. Que demande le peuple ?
Alors ce n’est pas non plus Megève, il y a 5 pistes, mais après dix ans dans monter sur les skis, c’est idéal pour reprendre, ou même pour débuter. J’ai d’ailleurs dimanche dernier passé deux heures sur les fesses à essayer de trouver une logique au snowboard.
J’ai abandonné pour reprendre le ski, mais je ne désespère pas d’y arriver à ma prochaine sortie.
Le seul danger, et pas des moindres quand on est sur les pistes faciles, c’est les débutants locaux. Quand on apprend par chez nous à freiner et à contrôler un peu dès le début, la mode locale est…
On m’a dit en arrivant : Ils conduisent une voiture comme un cheval. Soit.
Et bien je rajoute : Ils font du ski comme ils conduisent une voiture : Tchigire (tout droit), à fond de balle, et, pour s’arrêter c’est soit dans le skieur devant, soit dans les filets, soit la gamelle.
Le style, les bras en l’air, tout droit, et sans aucune maitrise est assez marrant à étudier depuis le télésiège sur lequel on passe, mine de rien, pas mal de temps.
Avec ces aventures, j’allais presque oublier le froid. Le froid est mordant, mais très supportable si on est bien couvert (même un -30/-40°C n’est pas si terrible).
En revanche, dès que le vent se lève, ça devient réellement horrible. Le vent souffle depuis la Sibérie et transforme une belle après-midi ensoleillée en un véritable cauchemar.
Même avec du très bon matériel, le bonnet ne suffit pas, et il faut rajouter la capuche. Les gants protègent bien mieux les mains quand l’ensemble est dans la poche. Et le tout est bien plus supportable quand on a le vent dans le dos, voir quand on est bien à l’abri dans la voiture ou dans la Ger.
Je repensais à Mike Horn qui a fait le tour du cercle polaire à contrevent et à contrecourant… Dans son livre, la température est de 10 à 20°C plus basse qu’ici, mais c’est surtout affronter le vent de face qui relève de l’exploit. C’est en étant confronté à des conditions similaires qu’on peut se rendre compte de la portée de ce défi.
Je finirais par parler un peu de la campagne, car l’hiver y est particulièrement rude cette année, et les éleveurs sont confrontés à un phénomène cyclique appelé zuud. C’est l’accumulation d’un été sec et d’un hiver rigoureux qui amène les éleveurs à perdre une grande partie de leurs troupeaux. Actuellement, plus de trois millions de têtes de bétail sont mortes cet hiver (Environ 10% du cheptel).
Le problème est la répartition des pertes selon les provinces, et certains éleveurs ayant tout perdus se retrouvent contraints d’arriver à la capitale.
Voilà une courte présentation de l’hiver, mais l’hiver mongol ne se raconte pas, il se vit. Et là, depuis deux jours, la température arrive à repasser péniblement au dessus de 0°C. La glace qui recouvre tout depuis plusieurs mois fond, et on recommence à espérer les deux ou trois petits mois d’été à venir.