Partager l'article ! Se les geler dans la steppe !: Se les geler dans la steppe ! Pour une fois, je vais vous parler de mon boulot. D ...
Se les geler dans la steppe !
Pour une fois, je vais vous parler de mon boulot. Déjà, histoire qu’on ne dise pas que je glande, puis parceque c’est intéressant, au moins de mon point de vue.
Donc oui, parlons science. Que ceux que ça ennuie aillent directement à la suite, vous ne raterez rien du voyage.
Je travaille dans tout ce qui est sismique, et il se trouve qu’il y a une faille pas loin d’Ulaan-Baatar. Alors, vu la tronche des immeubles, vous imaginez bien qu’un bon tremblement de terre risque d’être terrible pour 40% de la population (dont moi).
Les 60% qui vivent sous la ger (yourte), eux, ils sont peinards de ce côté là.
La zone a donc été instrumentée avec pas mal de capteurs pour étudier l’activité de la faille, et le risque sismique. Alors pour le moment, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, on reste sur de la très petite magnitude. On ne remarquerait même pas les séismes en étant sur la faille. Mais… il faut mieux suivre son évolution.
Le principal souci d’un séisme, et je ne vous apprends rien, c’est que ça pète de façon aléatoire. Contrairement à un volcan, ou une tornade, on peut difficilement évacuer la zone avant. On ne peut que constater les dégâts.
Et bien, peut-être pas ! Tout comme on peut prévoir le moment où le chewing-gum va casser quand on l’étire, on étudie la possibilité de prévoir un séisme.
Comment ? Et bien, il y a plusieurs technologies à l’étude, dont la mesure de la quantité d’un gaz rejeté par la terre.
C’est à l’étude, mais si ça fonctionne, c’est banco !
Donc voilà, nous sommes partis dans la steppe pour construire trois stations le long de la faille pour essayer de mieux comprendre ce domaine, et, qui sait, peut-être un jour pouvoir prévoir des séismes.
En gros, on installe des grands tubes en PVC dans la terre dans lesquels on va mettre une sonde qui mesure la quantité de gaz rejetée. D, donc il nous faut creuser de belles tranchées. La première fois, il devait faire dans les -10°C, jusqu’au -20°C.
La seconde, on a du descendre un peu plus bas.
Vous avez déjà essayé de creuser quand il fait si froid ? Ben si c’est le cas, vous avez compris qu’on ne s’est pas amusés à le faire à la pelle !
La première difficulté, c’est d’amener la pelleteuse sur les lieux choisis.
Car, il fait froid, donc la neige reste longtemps, particulièrement dans les ornières de la piste sur la steppe.
Et un camion qui porte une pelleteuse, ben, comment dire, il ne passe pas aussi bien qu’un 4x4… Ca patine… Donc premier soucis, notre beau camion s’embourbe un peu partout, et il a un léger problème de répartition des charges, si vous voyez ce que je veux dire.
J’essayerai de mettre en ligne la vidéo où notre 4x4 tracte le camion pour le sortir de là où il était dès que je la récupère.
Donc après avoir mis deux heures pour arriver sur les lieux, on commence à creuser les tranchées. Le soleil est encore haut dans le ciel, on vient de manger un Xuitsae (soupe avec viande, légumes, et aussi de la viande…), bref, on est content de sortir de la voiture pour regarder la pelleteuse faire son boulot, et assembler les tubes pour les poser.
Donc on installe le dispositif, et, pour éviter de le flinguer, on rebouche tranquillement à la pelle pour protéger les tubes, avant d’y aller au bulldozer.
Bon, c’est bien, mais ça a mis deux heures pour faire une station, on doit en faire 3 !
Vous imaginez bien que, dans ces conditions, on a fini de nuit, chose que je n’avais pas du tout prévue. Puis l’endroit où il nous fallait creuser était sous 5cm de neige. Alors, j’étais bien avec mes petites chaussettes, et les pieds qui commençaient à geler…
Ah, on serait presque mieux dans un bureau !
Le pire, dans l’histoire, c’est que je dois y retourner régulièrement.
Donc on est reparti pour la steppe il y a une dizaine de jour, avec pour objectif de faire les premiers essais.
Alors forcément, il y a eu deux semaines entre les deux missions, et la neige est passée par là ! Va retrouver des tranchées quand elles sont recouvertes de neige…
A chaque tas de cailloux, on s’arrêtait pour vérifier. Mais c’est bon maintenant, j’ai repéré les lieux. Enfin, comme si on pouvait s’y repérer dans la steppe…
Quand il fait vraiment froid (sous les -20°C), il y a des choses qui sont bonnes à savoir :
La batterie de mon satané ordinateur portable a une durée de vie plus que limitée.
Les doigts, quand ils restent sans gants gèlent en moins d’une minute.
Le touchepad de l’ordinateur n’est pas compatible avec des gants (ce qui, avec la remarque du dessus pose rapidement des soucis).
Un doigt foulé (au basket) gèle plus vite que les autres.
Le soleil ne réchauffe pas du tout.
Les cils gèlent (je vous jure), et ça rend les clignements des yeux assez surprenant au début.
Bref, on ne s’amuse pas à y rester des plombes. Mais cette fois, avec mon manteau de compet’, et les chaussettes épaisses achetées à Paris, j’étais presque bien. Assez en tout cas pour prendre quelques photos vu de la « montagne » juste au dessus de là où nous étions.
Mine de rien, je ne ferais pas ça tous les jours.
Je finirais sur un aparté à propos de la grippe H1N1.
Y’en a marre !!! Cela fait trois semaines qu’on se tape l’état d’urgence. En résumé, tout est fermé après 21h00 (restaurants, bars…). Les marchés viennent d’être réouverts, mais après plus
de deux semaines de fermeture. Les écoles réouvrent doucement, mais les primaires sont toujours en vacances forcée. Il n’y a plus de transports publics nationaux (tout est coupé). Mon
entrainement de basket a été interdit, car une infirmière à débarqué pour faire appliquer sa loi débile.
Et il y en a encore pour deux semaines !
L’état d’urgence, c’est fait, je connais… Maintenant, on pourrait peut-être le lever, non ?
PS : J’ai mis la plupart des photos dans un album, car c’est plus rapide qu’au milieu du texte.